DE LA PARENTHESE DESENCHANTEE A LA BATAILLE MERVEILLEUSE


Le 14 octobre dernier, s’est tenu à l’Oncopôle de Toulouse, à l’initiative de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) un colloque sur le thème : « Résilience et esprit de défense : le Covid-19 comme révélateur de transformations ».

Le lieu n’avait pas été choisi au hasard puisque l’Oncopôle, institut de recherche et de traitement sur le cancer, a été bâti sur l’ancien site de l’usine AZF, témoignant d’un bel esprit de résilience de la part des Toulousains, comme l’a souligné le Professeur Jean-Pierre Delord, administrateur de l’institut, dans son propos d’accueil.

Ce colloque était en fait la restitution d’une étude menée depuis un an par deux associations régionales de l’IHEDN, celles d’Occitanie et de Bretagne, présidées respectivement par Bernard Bousquet et Alain Houlou, sur le thème de la résilience après l’épreuve de la crise sanitaire, à travers quatre sujets : la santé, l’éducation, l’industrie et la gouvernance.

Dans son introduction, Alain Di Crescenzo, président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Occitanie, a plaidé pour une reconquête par le biais d’un plan stratégique volontariste, donnant ainsi le ton des débats qui ont suivi dans le cadre de tables rondes associant des acteurs de terrain.

Il convenait cependant, afin de bien s’entendre sur les enjeux et les solutions, de comprendre le terme de résilience, passé de la technologie pour exprimer la résistance des matériaux à la psychologie et à la sociologie pour signifier le rebond des personnes et des sociétés après une grande épreuve.

Les différentes interventions ont permis de cerner les transformations durables apportées par la crise sanitaire dans les différentes pratiques sociales comme le recours au télétravail, les cours en ligne et la visioconférence, toutes évolutions rendues possibles par la société numérique. Certains en ont profité pour repenser leur lieu de vie et de travail, les deux étant désormais de moins en moins dissociables, amorçant, après deux siècles d’exode rural, un mouvement d’exode urbain.

Mais les intervenants n’ont pas non plus caché les failles et les risques de ces nouveaux comportements. Ainsi le télétravail, en permettant d’accomplir certaines tâches n’importe où à travers le monde, pourrait engendrer une précarisation des emplois, en rendant possible, par exemple, le recrutement d’ingénieurs de pays peu développés bien formés mais aussi moins payés au détriment de leurs homologues occidentaux qui pourraient se retrouver au chômage. Précarisation aussi pour les étudiants contraints à un enseignement par écran interposé ajoutant à leur pauvreté financière un isolement moral et affectif. Quant à la visioconférence, elle a surtout permis de faire prospérer des plateformes situées à l’étranger, générant une menace potentielle pour l’échange d’informations à caractère confidentiel. Elle a aussi permis, pendant la crise, de faire émerger un grand nombre d’experts autoproclamés très actifs auprès des chaînes d’information continues, au grand dam des véritables spécialistes, notamment dans le domaine de la santé, qui ont pu mesurer, à cette occasion, le manque de culture scientifique d’une grande partie de la population.

C’est dire si ce foisonnement d’idées, de techniques et d’attitudes génèrent autant de problèmes que de solutions, justifiant une mobilisation de tous les moyens disponibles pour parvenir à une saine résilience, y compris le ressort spirituel comme l’a expliqué, dans une intervention remarquée, Mgr Jean-Marc Eychenne, évêque de Pamiers.

S’agissant de la gouvernance, la crise a aussi permis de discerner des faiblesses mais aussi de réelles réussites. Si l’État central a pu paraître défaillant, notamment au début de la séquence, les territoires se sont révélés actifs et pertinents, avec des collectivités locales fortement mobilisées autour des préfets et une société civile imaginative et créative. D’où la proposition faite de créer un Conseil national de la résilience associant l’État, les collectivités, les opérateurs d’importance vitale et les associations pour proposer des solutions de sortie de crise et imaginer celles qui ne manqueront pas de survenir. En effet, l’actuelle crise sanitaire ne constitue pas une « parenthèse désenchantée » venant interrompre une normalité mais une situation imprévue qui en annonce bien d’autres qu’à défaut de prévoir, il faudra savoir anticiper. Comme l’a indiqué un intervenant dans une métaphore musicale, les meilleures improvisations sont celles qui sont préparées !

Deux grands témoins ont été invités à s’exprimer : Thomas Gassilloud, député du Rhône, rapporteur de la Mission « Résilience de la nation » qui a insisté sur le fait que les populations devaient être considérées comme des solutions à la crise et Pascale Gruny, sénatrice de l’Aisne, vice-présidente du Sénat qui a rappelé le rôle de l’Europe dans la prévention des crises, notamment dans le domaine sanitaire à travers sa nouvelle agence HERA (Health Emergency Response Authority).

Il ne restait plus qu’à Philippe Logak, rapporteur général du Haut-Commissariat au Plan de conclure cette journée par une synthèse brillante invitant les participants, selon la formule de Boris Cyrulnik, un de ses plus grands théoriciens, à livrer la « bataille merveilleuse » de la résilience.

Accédez à la synthèse de la journée du 14 octobre 2021 à l’Oncopôle de Toulouse.

Le 28 octobre 2021

Patrice VERMEULEN
Dirigeant-fondateur de VERT2MER CONSEIL